« Nymphée » de J.H.Rosny Société Française d'imprimerie et de librairie.1909

 

Cet étrange aventure est le récit de Robert Farville naturaliste et médecin,dans lequel il raconte l'extraordinaire découverte que fit le capitaine Jean Louis Devreuse lors d'une expédition aux confins de la Sibérie. Organisée en 1891 par le gouvernement Français, le groupe d'explorateurs va ainsi se trouver confronté à la race la plus incroyable qu'il leur a été possible de rencontrer, découverte qui fait encore date de nos jours.
Lors d'un passage dans une zone fortement marécageuse, alors que le moral de l'expédition était à son plus bas niveau, Devreuse en compagnie de sa fille et Farville organisent seuls un peu plus avant, une mission de reconnaissance en laissant pour quelques jours le campement au reste des hommes. Si passé ce délai, ils ne découvrent rien d'intéressant, tout le monde regagnera le bateau pour un retour définitif en Europe.
Après deux jours d'une marche harassante, affolés à l'idée de se trouver définitivement perdus, ils aperçoivent une étrange créature venant à leur rencontre. Cette rencontre providentielle, ils n'en doutent point, leur évite certainement une mort horrible dans quelques perfides sables mouvants :

 

« Et nous vîmes une scène extraordinaire. Des salamandres géantes gripaient sur l'îlot et se rassemblaient autour de l'homme et des tritions,des protées, des serpents d'eau. Des chauves-souris voletaient autour de sa tête, des grébes sautillaient sur un rythme. Il accourut encore des formes vagues, puis des rats, des poules d'eau, des chats-huants. L'homme continua sa musique bizarre, une grande douceur se dégageait de la scéne , un sentiment de fraternité panthéistique que je sentis bien, malgré l'horreur de notre position »


La créature semble animée des plus louables intentions et tente de communiquer avec le groupe par une espèce de son guttural, articulé comme une forme de langage. La différence d'apparence ne faisant pas obstacle , elle conduit les explorateurs à son village, où vit une multitude d'autre de ces êtres, au physique proche de l'amphibien.

 

« Il avait la peau verte comme les jeunes pousses d'herbes, les lèvres violettes, les yeux étrangement arrondis, presque sans sclérotique , avec l'iris couleur d'escarboucle , la prunelle creuse et très grande. Avec cela une grâce particulière, une grande fraîcheur de jeunesse ».


Ils vivent dans des cabanes en bois recouvertes de branchages et maîtrisent semble t-il les techniques de poteries. Se nourrissent exclusivement d'œufs, de poissons et de légumes sauvages. Leur seul armement consiste en des harpons, qu'ils utilisent pour pécher les poissons du lac mais ne travaillent pas le métal, et de fait leurs extrémités, ainsi que les autres outils, sont composé d'une néphrite extrêmement résistante. Cette forme de vie semble être débarrassée de toutes contraintes purement humaine : pas de conflits entre individus de la même espèce, aucune trace de convoitise, de jalousie et de cupidité. Sa seule et unique raison d'exister est le bonheur simple de se retrouver dans l'élément liquide et de s'y abandonner jusqu'à l'épuisement :

 

« Somme toute, la simplicité de leurs besoins matériels ne les portait guerre à l'industrie. Leur vie était plus poétique que pratique. Jamais je ne vis créatures plus débarrassées qu'eux de tous soucis d'accaparement ou de propriété. Ils semblaient n'avoir retenu que les éléments de bonheur, écarté toute vaine souffrance. Non d'ailleurs qu'ils fussent indolents — ils adoraient l'exercice, les voyages aquatiques, jusqu'à l'épuisement — ils étaient sans cesse en mouvement comme les cétacés, à l'encontre des sauvages qui passent des chasses forcenées aux longs jours d'assoupissement, ceux-ci se remuaient inlassablement.
Mais cette prodigieuse action n'avait aucun but productif. C'était leur rêve Ils nageaient, voguaient, bondissaient, comme d'autres se reposent. A part quelques chasses sous l'eau — et uniquement contre les poissons carnivores— ils bougeaient pour bouger.

Je leur vis résoudre d'extraordinaires problèmes de mouvement, une variété d'attitudes et de lignes auprès desquelles la souplesse de l'hirondelle ou du saumon est grossière. Leurs jeux n'étaient qu'un continuel Déploiement d'art, des nages-danses, des ballets complexes et suggestifs.
A les voir se croiser, se tourner, décrire des hélices les uns autour des autres, se précipiter à vingt ou à trente dans des tourbillons, on sentait eux un sens de pensée dynamique, de pensée musculaire, inconnu chez les autres humains.
Surtout ils étaient admirables dans le clair de lune. J'ai assisté à des fêtes sous l'eau, si belles, si douces, si rêveuses, faites d'évolutions si urées, que rien ne s'y peut comparer en ce monde. »

 

Dans le village la vie s'écoule ainsi au rythme de cette population aux intentions bienveillantes, permettant une étude plus approfondie de leurs moeurs et coutumes. Farville à du mal à détecter un système complexe leur permettant de passer de longues minutes sous l'eau mais il a relevé des temps incroyables d'apnées profondes, proche des 30 minutes et évalué la vitesse de nage de ces hommes poissons qui peuvent atteindre les 35 km heure. Ils semblent également doués d'une ouie extrêmement sensible et développée. Il peut également établir qu'ils sont dotés d'une vue très performante dans l'eau, probablement en raison de la forme de leurs yeux. Sur terre cependant ils éprouvent la plus grande difficulté à distinguer une forme au-delà des 10 mètres.


Les jours passent et Devreuse organise seul son départ au premier campement,afin de dire aux hommes de prolonger leur attente avant un retour définitif. Par la suite, leur présence pourra s'avérer fort utile.
Farville lui,reste en compagnie de Sabine dont il est tombé amoureux, idylle qui va être contrariée en quelque sorte par l'arrivée d'une nouvelle race d'hybrides amphibiens et que notre jeune aventurier va nommer « les sombres ». Leur peau contraste étonnamment avec leurs amis rencontrés initialement, mais il n'y a pas que leur peau qui vient ainsi établir une différence. Il remarque chez ces derniers, un comportement plus belliqueux, guerrier et Robert observe les regards de convoitise que leur chef porte sur sa protégée. Ce qui devait arriver se produisit et le lendemain de la cérémonie d'accueil des « Clairs », Sabine s'est volatilisé.
Probablement ont-ils quelques heures d'avance mais il s'élance tout de même à leur poursuite, accompagné par quelques braves de la tribu des « clairs » C'est alors une course effrénée qui s'engage. Ils parviennent presque à les rejoindre. Au loin Robert assiste alors à une lutte sous marine entre les deux factions, puis plus rien. Il se retrouve désespérément seul sur le modeste radeau que ses alliés avaient construit à son intention. Fort heureusement il sera guidé par un enfant des amphibiens, qui blessé lors de l'expédition, trouvera refuge sur ce frêle esquif. C'est alors lui le guide de ce modeste équipage, dans un dédale d'îlots où Robert semble avoir aperçu une autre embarcation où selon toute logique Sabine devrait probablement se trouver.
Les berges de l'île qu'ils longent revêtent un aspect fantastique et de nuit, la foret qui la borde s'anime d'une vie toute spectrale et lumineuse :

 

« Une luminosité errante, aux larges moires, reposait sur le fleuve, étendu maintenant aux proportions d'un lac. Les eaux, qui se perdaient très lointain dans une forêt inondée, étaient basses, car on voyait les premières bifurcations des racines des arbres. De ces racines partit la lumière en cercles denses qui allaient se dégradant. Mais elle était sans ombre comme une nappe colosse de flammes rases, et, partout, la lueur se mouvait, ondulait, s'éteignait, s'avivait, se plissait ; elle coulait des buissons en cascatelles rutilantes, s'éparpillait en guêpes de clarté à la brise, et, aux places rares où l'eau pouvait la réfléchir, oscillait largement. Un vaste, un stupéfiant silence régnait. »


Mais Robert n'est pas au bout de ses surprises et il va être confronté à l'expérience la plus incroyable depuis qu'il est arrivé sur ce monde étrange et fascinant. Sur les berges de ces territoires qu'il pensait abandonné de toutes formes de vies, de frêles créatures s'agitent comme doué d'une forme d'intelligence primitive et dont il a du mal pour l'instant à mesurer toute l'incroyable portée.

 

« Cependant le phénomène se compliqua de la présence d'un être. C'était, tout là-bas, sur un îlot, un homme dont la silhouette se mouvait sur le fond de lumière. Cette silhouette géante atteignait aux premières branches d'un frêne, à trois mètres du sol. Elle était très mince et je vis bientôt que toute sa hauteur tenait dans ses jambes. Trois, quatre autres hommes semblables parurent sur l'îlot, puis ils entrèrent dans l'eau, qui leur venait à la ceinture. D'un pas rapide ils se dirigeaient vers nous, et j'éveillai mon compagnon.
Effaré, ébloui de la trop vive lueur, il porta la main à ses yeux pour mieux voir, et rien dans l'exclamation qu'il poussa n'exprimait la surprise ni la frayeur. Cependant les hommes approchaient. Selon la profondeur, on voyait émerger leur buste plus ou moins ; parfois même leurs jambes ne plongeaient pas, et j'eus le temps de reconnaître que ces jambes, excessivement grêles, correspondaient à des bras d'une longueur démesurée, secs et minces comme des lianes, et recouvertes d'écaillés jaunâtres sans trace de poils. Le tronc était au contraire velu et blanc, la poitrine exiguë, la tête petite, aux grands yeux froids dans une excessive mobilité.
L'enfant semblait prendre plaisir à leur présence, un plaisir mêlé de raillerie. De loin il leur parla. J'écoutai avidement leur réponse. Ils n'avaient pas la voix batracienne, l'accent humide, le clapotement des lèvres de mes Honmes-des-Eaux ; mais, au contraire, le son sourdait en basse-taille de leur poitrine et ils articulaient dur, coupant les syllabes d'un martellement continu des mâchoires.
Graves, ils entouraient notre radeau. Tout leur être donnait l'impression d'une race triste, confinée à des territoires ingrats. Dans la demi- clarté, ils apparaissaient d'un blanc de vie souterraine, leurs cheveux pâles, couleur de cendre, les poils de leur poitrine moins foncés que ceux du dos. Je ne sais pourquoi leur présence m'apitoya ; peut-être l'attitude protectrice de l'enfant, peut-être un instinct qui me montra dans ces gens à la tête étroite des parias.
Je me les figurais comme ayant raté leur métamorphose. Rejetés par de puissantes nations mongoles dans ces contrées palustres inaccessibles au reste des hommes, ils avaient dû vivre de prudence et de réserve. L'effort permanent de trouver leur nourriture dans les marais et les étangs avait à travers les siècles allongé leurs membres. Puis de nouvelles peuplades de même origine étant survenues, soit qu'une impulsion plus ferme les eût portés jusqu'aux grands lacs, soit que le temps eût amélioré la région, ces derniers venus avaient pu choisir une adaptation audacieuse et souveraine, se faire amphibies, laissant loin derrière eux les tristes précurseurs réduits à la fréquentation des eaux sous-forestières et peu profondes »

 

Loin d'êtres hostiles ils vont au contraire aider nos aventuriers à sortir de cette gangue où leur embarcation vient de s'enliser. Le jeune amphibien, communique même avec l'une d'entre elles, les relations entre les deux cultures sont visiblement des plus amicales.

Reprenant leur poursuite, ils parviennent enfin à localiser Sabine et ce, par le plus pur des hasards. Aucun mal ne lui a été fait, elle leur révèle qu'ils ont parcourus d'immenses galeries souterraines. L'enfant s'agite, et leur fait comprendre que le seul moyen de regagner rapidement sa tribu est d'emprunter ce réseau de grottes.
Au terme d'un long périple et de passages répétés dans les entrailles de la terre ils aboutissent enfin dans une immense vallée faite de lacs. Celle- ci est peuplée à son tour d'une autre race hybride, différente des précédentes mais dont les intentions sont heureusement des plus pacifiques :


« Je reconnus par la suite qu'ils étaient inférieurs aux Hommes-des- Eaux clairs ou aux noirs, et cela m'expliqua leur relégation aux lacs et rivières souterrains. Il est notable que leur infériorité provenait de leur moindre distance à notre type, constituant, ici, un retard d'évolution. Ma première hypothèse où je voyais en eux les derniers venus dans la contrée ne tint pas devant d'ultérieures recherches : il semble plutôt qu'ils appartenaient à une des premières émigrations qui suivirent à quelques siècles celles des Hommes-Echassiers. Ceux-ci défendirent les marais et les eaux peu profondes avec assez d'énergie pour obliger les survenants à se rejeter dans les vallées intérieures où la profondeur des lacs les rendit amphibies. Maintenant, il reste également probable que les Hommes-des-Eaux noirs ne sont qu'un rameau détaché et perfectionné pour la vie aquatique de cette race des hauts vais, tandis que les Hommes-des-Eaux clairs semblent, au rebours, être venus directement des plaines de l'ouest à travers les marécages et s'être adaptés aux conditions de la vie nouvelle par pure ' imitation.
Les mélanges entre les diverses espèces de l'homme aquatique sont très restreints ; si l'on découvre des traces de fusion entre les Hommes- des-Eaux des deux couleurs, rien ne permet de supposer qu'il y eut jamais aucun mariage des amphibies avec les échassiers, ceux-ci, regardés comme une race inférieure tombée à la mélancolie des déchus et diminuant de jour en jour »


Mais alors qu'ils pensaient leur épopée définitivement terminée par l'arrivée de leurs amis les « Hommes des eaux clairs », Le chef tant redouté de la tribu à la peau foncée refait son apparition avec son escorte. Ce sont les hommes de cette nouvelle race d'amphibiens qui vont servir de médiateur affirmant leur parfaite légitimité aux « Clairs » leur permettant ainsi de repartir avec Sabine et Robert. Suite à une autre soirée de festivités afin de sceller cette bienheureuse décision, le chef des sombres va profiter de la liesse générale, pour enlever de nouveau la femme convoitée : l'histoire ne fait que se répéter !
L'ultime dénouement va se jouer au bord d'une falaise où la créature, chargée de son précieux butin, s'apprête à sauter à l'eau. Un coup de fusil résonne alors dans le silence de cette matinée paisible. C'est Jean Louis Devreuse, qui vient de revenir, accompagné de quelques membres de l'expédition. Le scélérat va lâcher sa victime avant de s'écraser au bas du promontoire.
Ainsi se termine cette extraordinaire odyssée dans une contrée ignorée de tous où vit une branche hybride de notre évolution, loin de la fureur des hommes et de sa poursuite effrénée vers le progrès :


« De retour au lac de nos premiers amis, nous y vécûmes plus d'un mois encore dans la paix et l'abondance. Les Sombres ne se montrèrent plus, ni les Hommes-des-Vallées intérieures aux grottes. Devreuse nous conta le rôle joué par notre sauveur dans tous les événements que je viens de décrire. Sabine et moi ne pouvions oublier la mort de notre doux et héroïque Enfant-des-Eaux, et nous le pleurons encore aujourd'hui.
L'expédition commandée par Jean-Louis Devreuse est rentrée à Paris dans les premiers jours de mai 1 892, avec des documents précieux
qui feront l'objet d'un grand ouvrage. En juin a été célébré mon mariage avec Sabine. »

L'Homo Aquaticus


Il est assez incroyable que ce texte du grand Rosny Ainé, soit quasiment inconnu de la majorité des amateurs du genre, ou du moins qu'il ne soit pas cité plus souvent en référence ( De mémoire Michel Meurger ne le cite pas dans son excellent article sur « Les pécheurs d'hommes, poisons volants, homme aquatique et sociétés sous-marines ») Seuls deux ou trois critiques y feront mention. Son premier texte « Les Xipéhuz » date de 1887, viennent ensuite « Le cataclysme » en 1888 et « La légende sceptique » en 1889, « Vamireh » en 1892. « Nymphée » paraîtra la même année que « Erimah » en 1893 dans les numéros 7 et 8 de la revue « Le bambou », revue qui publia dans son numéro 1 le texte de Rosny cité précédemment. Il rédigea donc dans un laps de temps relativement court ce qui allait être un roman fondateur dans ce que l'on pourrait qualifier d'un cas de « mutation ». Bien avant l'heure, l'auteur nous livre donc le tout premier spécimen Français du fameux « Gill Man », l'homme branchie, qui ne va pas tarder par la suite à tarauder l'imaginaire des écrivains , une histoire de « Science fiction biologique » mêlant aventure zoologique et cryptozoologique.


Un fois de plus Rosny aborde une de ses constantes qui ne fera que rebondir dans sa future œuvre conjecturale, à savoir que l'espèce humaine telle que nous la connaissons, n'est pas un résultat final, mais le possible état transitoire vers une autre forme de vie. Thématique qui, telle un leitmotiv, fut déjà abordée dans son tout premier roman « Les Xipéhuz » et qui ne cessera de revenir d'une matière récurrente et quasi obsessionnelle tout au long de sa carrière. En ayant déjà au préalable rédigé trois autres textes d'anticipation, l'auteur eut ainsi l'occasion de « se faire la main » et commencer à élaborer ce qui sera sa « marque de fabrique », à savoir l'exploration de territoires inconnus de l'imaginaire et l'élaboration d'hypothèses que nul n'avait encore jusqu'à ce jour envisagées.


Il restera toutefois assez évasif sur l'origine de ces créatures, sont-elles, comme dans une nouvelle postérieure à celle-ci et écrite par Robert W.Chambers « The Third eyes », des créatures proche de l'homme qui, voulant fuir l'hostilité de ses grands frères humains, préfèrent se réfugier dans les marais de Floride pour ensuite s'adapter à leur milieu et se transformer en amphibien ? Où s'agit-il d'une branche indépendante de la chaîne de l'évolution ayant réalisée son bout de chemin, bien retirée et protégée de la curiosité et du parasitage de la société moderne, comme ce fut le cas pour les amphibiens de Jean de Kerlecq « Urfa l'homme des profondeurs » ?  Seuls quelques petits éléments viendront dns le texte claircir certaines zones d'ombres:

 

« Fallait-il supposer que la transformation de l'homme terrestre en homme aquatique s'était faite si rapidement qu'il avait suffi de quelques siècles ? »


« Rejetés par de puissantes nations mongoles dans ces contrées palustres inaccessibles au reste des hommes, ils avaient dû vivre de prudence et de réserve. L'effort permanent de trouver leur nourriture dans les marais et les étangs avait à travers les siècles allongés leurs membres. Puis de nouvelles peuplades de même origine étant survenues, soit qu'une impulsion plus ferme les eût portés jusqu'aux grands lacs, soit que le temps eût amélioré la région, ces derniers venus avaient pu choisir une adaptation audacieuse et souveraine, se faire amphibies, laissant loin derrière eux les tristes précurseurs réduits à la fréquentation des eaux sous-forestières et peu profondes. »

 

Mais peu importe l'origine excate, car pour l'instant c'est la teneur en « aventure conjecturale » qui nous intéresse et comme à son habitude, il ne fut pas avare dans ce domaine en nous proposant non pas une race hybride mais quatre !


Dans ce court roman, il fait état d'une audace toute nouvelle pour l'époque, en y décrivant ces différentes catégories de races « mutantes », branche détournée de l'évolution de l'humanité, qui visiblement, loin d'assumer une forme de suprématie sur terre, préféra rester dans cet état transitoire entre l'élément terrestre et liquide. En choisissant une région perdue et oubliée des hommes, l'auteur put-il ainsi y développer à loisir son audacieuse hypothèse et nous livrer ainsi la toute première forme de vie aquatique pouvant s'apparenter à celle de l'homme. De nouveau nous avons ici la mise en exergue de l'une des grandes questions de l'auteur à savoir celle du positionnement de l'être humain confronté à l'existence d'une forme de vie totalement différente de la sienne. L'explorateur, loin de vouloir dominer ou conquérir cette incroyable civilisation, assiste émerveillé aux us et coutumes de cette nouvelle forme de vie qui ne peut que forcer l'admiration : une aubaine pour le scientifique que de pouvoir à loisir étudier ces amphibiens dans son milieu naturel.


Il est alors possible d'affirmer que dans cette thématique de l'homme amphibie, Rosny fut à l'origine que ce qui allait donner plus tard, matière à bon nombre de romans où le lecteur se trouve confronté à une branche « mutante » de l'espèce humaine,à un tournant décisif de son évolution . Il n'était en effet à l'époque que justice de s'interroger sur l'existence ou non de cette curieuse caractéristique en sachant qu'à l'origine nous venons tous de l'élément marin donc liquide : Cette époque était ouverte à toutes les possibilités et les questions posées n'en sont que plus légitimes.


Mais tout ceci ne serait qu'une suite, certes passionnante, mais tout à fait rébarbative d'événements extraordinaires, s'il ne possédait pas ce sens de l'écriture, cette magie des mots où, en véritable poète du merveilleux, nous brosse un descriptif de ses univers de la façon la plus passionnate qui soit. Il est l'artisan de mondes qui ne peuvent que charmer le lecteur tant son mode descriptif est souvent d'une beauté à couper le souffle, utilisant des mots simples mais tournés de manière à vous plonger au cœur même de ses audacieuse visons. Pour s'en convaincre il vous faut lire le fabuleux passage de la rencontre sur les berges des créatures aux corps longilignes, d'une apparence si frêle mais dont se dégage une force et une douceur surnaturelle. Avec Rosny nous pénétrons dans ses romans et nouvelles, dans un univers où la peur de l'autre n'a pas sa place, il est cet écrivain d'une grande tolérance pour qui la différence n'est pas un problème, bien au contraire elle pourra se révéler un atout pour celui qui osera aller au-delà de ses préjugés. Il est sans contexte le fondateur d'un « merveilleux scientifique » d'une grande maturité, car son approche est tout à fait différente, un mélange d'humanisme doublé d'une approche xénobiologique qui font que ses romans sont à la fois uniques et indispensables pour celui qui voudrait comprendre les fermants d'une science fiction moderne balbutiante. Son œuvre est déterminante dans le long processus de maturité de ce genre en France et il en est sans nul doute le principal artisan, celui qui va élaborer certaines hypothèses qui par la suite feront date sous forme romancée, dans l'approche et le contact de formes de vies humanoïdes ou non.


Un auteur dont on ne se lasse pas, qui nous apporte à chaque lecture une vision nouvelle de l'homme face à l'immense richesse des mystères qui nous entourent et les Savanturiers que nous sommes ne peuvent que se féliciter de l'existence du superbe travail de Fabrice Mundzik qui dans son blog consacré à l'auteur, ne cesse d'explorer le potentiel immense de l'un des fondateurs de la science fiction en France.

 

Avec ce roman, certes non dénué de quelques défauts, Rosny Ainé entre de plein pied dans le roman d’aventure scientifique, en y abordant plusieurs des thématiques qui ne feront que confirmer par la suite le talent de cet immense écrivain. Une œuvre qui mérite toute notre attention et je ne peux que vous encourager à vous laisser guider dans cette magnifique odyssée pleine de charme et de poésie, sur les traces de l’homme amphibie qui , il y a longtemps de cela, décida de vivre sa vie la plus sereine qui soit, à l’abri de la convoitise et de la stupidité des hommes. 

Le thème de l'homme amphibie nous réserve encore de belles surprises et je ne peux que vous conseiller la lecture des études de Michel Meurger : « Les pécheurs d'hommes, poissons volants, hommes aquatique et société sous-marines » dans le N° 13 de la revue « Le visage vert », « Les rituels sous-marins et leur fonction chez Lovecraft, Wells et Victor Rousseau » et « Le monstre marin et la femme » dans la collection « Travaux » N° 21 de chez Encrage « Lovecraft et la SF Tome 2 » (1994) et pour terminer « Le monde perdu au parc du Bronx, une aventure ludique de l'aventure zoologique » Longue étude en postface du roman de Robert W.Chambers « En quête d'inconnu » Editions du Visage vert 2012.


Pour conclure la lecture des œuvres suivantes, qui sont pour certaines hélas actuellement difficiles à trouver en raison de leur rareté, vous apporterons une approche essentielle pour l'archéologue du merveilleux que nous sommes et vous présenteront une facette assez intéressante sur les prémices de la légende de l'homme amphibie. Ne figurent dans cette courte liste, que les romans où cette caractéristique tout comme dans le roman de Rosny Aîné, n'est que le fait d'un phénomène « naturel », excluant ainsi toute modification par la chirurgie ou tout autre manipulation génétique.


- « Une descente aux mondes sous-terrien » de Pierre Luguet. Librairie nationale d'éducation et de récréation. Vers 1910.
-« Le peuple du pole » de Charles Derennes. Société du Mercure de France. 1907.
- « Urfa l'homme des profondeurs » de Jean De Kerlecq. Librairie Larousse « Contes et romans pour tous ».1931.
-« L'homme amphibie » de Alexandre Beliaev éditions Radouga collection « Aventure et Science-fiction », 1988.
- « Le cauchemar d'Innsmouth » Editions Denoël « Présence du futur » 1954
« La peau froide » de Alfred Sanchez Pinol. Librairie Acte Sud.2004

 

Un grand merci à Marc Brunier Mestas de m'avoir autorisé à utiliser sa magnifique illustration réalisée pour l'ouvrage de Chambers « En quête de l'inconnu » et qui vient ici vous présenter par l'image et ce ,de fort belle façon, la passionnante thématique de « L'homo aquaticus »

Dans mes articles , je ne fais que effleurer l'oeuvre de cet immense écrivain, pour retrouver une étude plus compléte et fouillée de Rosny Ainé je vous invite à consulter la page d'un passionné qui lui rend un magnifique hommage.

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Lors d'un précédent article, j'avais déjà abordé la thématique de l'homme amphibie. Je vous invite à le consulter vous y trouverez un complément d'informations sur cette singuliére particularité, au travers d'oeuvres abordant les transformations chirurgicales.

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