Dans cet article prophétique, superbement illustré comme de coutume par Henri Lanos, le Marquis de Dion possède une vision assez réaliste de la place que prendra l'automobile dans notre vie de tous les jours. En ayant cette immense foi dans ce nouveau moyen de locomotion, il fut des plus « tempéré » en matière de prouesses techniques car où certains voyaient à court terme l'avènement de la locomotion aérienne pour tous, lui restait beaucoup plus objectif et « anticipait » sur une mécanisation plus terrestre, mais beaucoup plus réaliste. Dans son article sur la « Locomotion future » (Le monde moderne N° 1 Janvier 1895) Octave Uzanne prophétisait déjà avec quelques années d'avance un tel avènement et l'on se souviendra de cette « Automobile en 1950 » certes écrite par un Robida avec son habituel sens de l'humour et de la dérision, mais il n'en demeure pas moins un de ceux qui virent dans ce véhicule à quatre roues, le moyen de transport de demain.

 

Si l'on se plait à sourire aux vitesses excessives pour l'époque de ces singulières machines, cette « Vision fantasmagorique de Paris en 1930 » ne manque pas de réalisme et nous sommes assez interloqués devant le justesse de sa prédiction, avec le ballet incessant de tous ces véhicules qui envahissent la chaussée de la capitale. Une mention spéciale pour les nettoyeuses de rues et la collecte mécanisée des « laissés pour compte ».

 

Pas étonnant que cet illustre personnage fondateur de la société « De dion Bouton », plus grand constructeur d'automobile au monde et fondateur du salon de l'auto en 1898, de l'automobile club et de la toute première revue consacrée à l'automobile « L'auto », fasse une telle publicité pour cette prodigieuse invention qui, à l'instar de la locomotive ( voir la passionnante préface de Philippe Gontier pour son anthologie « Trains de cauchemar » chez « La clef d'argent ») n'inspirait à ses débuts que crainte et méfiance. Dommage qu'à l'époque, le moteur électrique ne fut pas des plus apprécié, peut-être aurions nous à l'heure actuelle moins de déboires à la pompe. En tout cas un sacré coup publicitaire qui ne manqua pas d'attirer les grâces d'un public fasciné par le progrès

Une grande voie Parisienne dans quelques années. CE sera l'organisation et scientifiquement constituée de la locomotion automobiles sur toutes les grandes artères de la capitale, qui seront aussi peu praticables pour les rares pétons, que les voies de chemin de fer, et au-dessus desquelles ils seront obligés de passer....

 

« L'automobile reine du monde » Par le Marquis De Dion. Paru dans la revue « Je Sais Tout » N°14 15 Mars 1906. Illustré par Henri Lanos.

 

« Nul doute de l'énorme accroissement que, dans un avenir prochain, est appelé à prendre la locomotion automobile. Le marquis de Dion, l'éminent promoteur de cette admirable industrie, veut bien donner ici quelques aperçus de son universelle prospérité future. »


Le temps n'est pas encore très lointain où ma famille crut me proté­ger contre une dangereuse folie en me maintenant sous le coup d'un conseil judiciaire. Il fallait me sau­ver, malgré moi. Songez-donc ! Je dilapidais ma fortune en des expé­riences de locomotion mécanique, je construisais des machines infernales qui, mues par la vapeur, n'avaient pas besoin de nobles coursiers pour s'en aller cahin-caha, tout au long des boulevards longeant les fortifica­tions ; bref, je faisais avant l'heure, et c'était là le symptôme absolument caractéristique de ma folie..., de l'automobile!

La suite de l'histoire a prouvé que le fou avait raison, et que les sages n'avaient pas su deviner que ces premières tentatives, ces bégaiements d'une industrie nouvelle, était le prélude d'une véritable révolution sociale.

 

Nous sommes aujourd'hui, affirment les plus convaincus, à l'heure du triomphe. Hier encore, le Grand Palais flamboyait en une immense apothéose de l'Automobile, et la foule s'écrasait admirative devant tous les chefs-d'œuvre de nos maîtres constructeurs devant toutes ces machines puissantes et dociles qui donnent l'impression de monstres formidables asservis, domestiqués et trans­formés en animaux de luxe, au service de l'orgueil dominateur.

 

Et c'est pourquoi maintenant, il me parait nécessaire de proclamer et de répéter une autre vérité non moins importante, non moins urgente : l'industrie automobile a suivi trop avant la voie dans laquelle l'ont dirigée les courses de vitesse, elle est trop une industrie de luxe, une industrie somptuaire, elle travaille trop, de façon générale, pour les millionnaires et pas assez pour la grande masse qui doit être la clientèle de demain.

 

J'allais un jour, en délégation avec quelques amis, inviter le Président Félix Faure à faire une visite à l'une des premières expositions d'automobiles... alors qu'on était encore gé­néralement sceptique sur les résultats pratiques escomptés par les promoteurs du mou­vement nouveau.

 

Malgré l'incrédulité presque universelle concernant l'avenir de l'automobilisme, Félix Faure voulut bien accepter l'invitation.

 

En remerciant le Chef de l'Etat, et pour répondre à l'ironie bienveillante dont étaient empreintes les paroles d'encouragement qu'il voulait bien nous adresser, je lui fis observer qu'il ne se doutait certainement pas de la gran­deur de l'œuvre entreprise et je lui donnai l'assurance que l'industrie encore en gestation était destinée non seulement à donner au monde un nouveau mode de locomotion, mais encore à transformer notre mentalité et à bouleverser notre manière d'être.

 

J'ajoutai même : « jusqu'ici, nous avons été en France, un peuple artistique et litté­raire ; nous acquerrons plus vite qu'on ne saurait l'imaginer un esprit méthodique et calculateur. Vous verrez! Vous verrez! »

 

Félix Faure accentua l'ironie bienveillante qu'il nous avait laissé deviner, et je me rendis bien compte que ce n'était que par pure politesse qu'il ne haussait pas les épaules.

 

Félix Faure n'existe plus. Il ne verra pas la réalisation de ce que je lui prédis ce jour-là. Mais d'autres ont déjà vu l'automobilisme prendre dans notre moderne civilisation la place qu'il y occupe déjà aujourd'hui, et d'autres verront que l'essor actuel de notre grande industrie n'est rien en comparaison de celui qu'il nous est permis de prévoir dès maintenant.

 

Dans vingt-cinq ans! Que de fois n'ai-je pas rêvé, depuis que la locomotion nouvelle s'est véritablement imposée à tous les esprits, oui, que de fois n'ai-je pas rêvé à ce que serait dans vingt-cinq ans le monde transformé par l'automobile. Voici mon rêve.

 

Une vision fantasmagorique de Paris en 1930

 

L'aspect des villes, d'abord.

Place de L'Opéra, 5 heures du matin. Les noctambules attardés, les « cercleux » venant d'abandonner la table de jeu, sautent dans le taximètre qui les attend encore. Le mécanicien, de son siège, pousse un levier. Le moteur part.

Mais déjà les balayeuses et arroseuses automobiles, filent le long du boulevard. En un clin d'œil la chaussée est purifiée, assainie; Paris va pouvoir s'éveiller. Et, en effet, voici que les premiers camions chargés de récolter les ... « Laissés pour compte » des ménagères et des cuisines, s'en vont de porte en porte, rapidement, un petit treuil méca­nique commandé par le moteur hissant chaque boite au haut de la voiture pour la redes­cendre après qu'elle a été basculée.

 

Les grandes voitures de laitiers venant de la banlieue à vingt-cinq kilomètres à l'heure nous apportent le déjeuner du matin, tandis que les véhicules des maraîchers qui dans la nuit avaient gagné les Halles, tous chargés à crouler de choux, de carottes, s'en retournent prestement vers Sartrouville.

 

Sept heures! Cette fois, Paris s'est éveillé. Le jour a paru. De toutes parts c'est la vie intense, frénétique. Les omnibus descendent en troisième vitesse des quartiers excentriques, transportant par milliers les petits employés.

 

D'autres filent vers la périphérie, emmenant des ouvriers qui dans moins de dix minutes, seront à leur usine. Tous ont pu prendre une demi-heure de sommeil de plus qu'au temps où des tramways asthmatiques et des omni­bus traînés par des chevaux pesants, leur permettaient de se rendre à leur travail.

 

Puis voici les facteurs, amenés du bureau central où arrivent toutes les lettres. De légers omnibus les répartissent à 25 à l'heure dans les 80 quartiers, de Paris. Le premier courrier sera entièrement distribué à 7 heures et demie. Les kiosques des journaux sont déjà ouverts. Tout le papier a été « répandu » sur Paris vingt minutes après sa sortie des rotatives. Et les automobiles de nos grands quotidiens étaient allées, une heure avant porter aux gares tous les journaux pour la province. Partant parles mêmes trains qu'au temps où des chevaux faisaient ce même service, les feuilles d'informations ont pu recevoir une demi-heure plus tard les nou­velles du monde entier

 

Les magasins s'ouvrent, les garçons de café, les yeux encore lourds de sommeil, « font leur terrasse ». Et de chaque coin de rue sur­gissent les voitures de livraison. Il n'est plus une maison à peu près sérieuse qui n'ait la sienne. Elles filent, prestes et rapides, se glis­sent, se frôlent, et chacune d'elles remplace dix des garçons de magasin d'autrefois.

 

Au milieu d'elles commencent d'ailleurs à apparaître de mignonnes voiturettes, vérita­bles jouets que l'on vend au prix d'une des motocyclettes d'autrefois. La poussière qui les couvre, ou la boue qui mouchette la car­rosserie indiquent qu'elles ont déjà fait quel­que chemin. C'est, en effet, le petit « cheval » qui a amené l'employé de la campagne voisine où il habite maintenant, au grand air, un délicieux petit cottage. D'ailleurs, dans chaque rue s'ouvre un garage, une remise, voire même une cour abritée, où la voiturette demeurera jusqu'au soir, à moins qu'elle ne serve à faire dans la journée quelques courses rapides.

Une scène champêtre dans quelques années: De la ferme au marché. La transformation des moyens de transport et des voies de communication sera plus sensible dans les campagnes que dans les villes. L'aménagement rationnel et scientifique, l'emploi des charrettes automobiles donnera un aspect inattendu aux paysages champêtres....

Les vivants vont vite : L'automobile obligatoire.


Les placiers s'en vont maintenant chez leurs clients. Une voiture à deux places, et, à l'arrière, entre deux montants d'acier, les boîtes d'échantillons. Un arrêt. Le placier descend, fait fonctionner la serrure d'un des montants d'acier. Et il tire la boîte dont il a besoin.

 

Dans sa matinée il verra dix maisons. En 1905 il en voyait trois ou quatre !

Et c'est enfin l'heure de la pleine vie de ce Paris nouveau, où les affaires sont deve­nues faciles par la rapidité de toutes les évo­lutions nécessaires pour les traiter. Les taximètres courent les uns après les autres, les omnibus, voitures de cercle, les coupés des particuliers, les camions de messageries, se hâtant vers les gares, les voitures de livraison, les pompes à incendie, « les Paulines » revenant des champs de course, tout cela est automobile, tout cela va vite, tout cela est maniable, précis et souple. L'heure des théâtres nous montrera les riches limou­sines, les coupés électriques, et les passants.

 

Les badauds s'attrouperont pour considérer curieusement deux chevaux superbes attelés à une Victoria à roues pneumatiques. Et, résumant la situation, un gavroche s'écriera :

 

— Tiens, j'en ai vu deux comme cela hier au Bois de Boulogne. C'est à une princesse de l'ancien temps.

 

Nous voici maintenant sur la grande route. Une voiture confortable, mais dont le poids n'est pas plus excessif que la vitesse, nous emmène à un honnête 40 à l'heure vers les campagnes lointaines.

 

Voici Ville d'Avray, Versailles. Et la vieille route classique est tantôt goudronnée soi­gneusement, tantôt très soigneusement pavée sur un solide lit de béton. Plus de poussière en été, plus de boue en hiver. Et d'ailleurs, il en est presque partout ainsi en France. Du coup, les propriétés et les villas situées sur le bord des routes fréquentées ont repris leur ancienne valeur.

 

De temps à autre nous croisons de petites voiturettes, très simples mais d'apparence robuste. L'une d'elle nous précède, et s'arrête. C'est un médecin qui fait ses visites. Tous les docteurs ont aujourd'hui leur voiturette, ainsi que les voyageurs de commerce. Ceux- ci ne connaissant plus le chemin de fer qui ne pouvait les faire pénétrer partout, ceux-là ont depuis longtemps oublié l'époque où il leur fallait entretenir deux ou trois chevaux pour faire leurs tournées quotidiennes.

 

D'ailleurs, toutes les routes sont sillonnées de voitures à moteur.

Le boulanger et le boucher de campagne qui ont une clientèle répartie sur 20 et 30 ki­lomètres à la ronde ont leur petite voiture de livraison soutenant allègrement son 30 à l'heure !

 

Le marchand ambulant lui-même, le mer­cier, le quincaillier, l'épicier, a maintenant une voiture munie d'un petit moteur. Il s'en va de village en village sans perdre, comme autrefois, des heures interminables sur la route déserte. Son moteur lui coûte moins cher que sa rossinante de jadis et il fait plus rapidement ses affaires. Pour lui aussi, le temps c'est de l'argent.

 

Et voici même des roulottes automobiles, roulottes de riches banquistes allant de foire en foire avec leurs cirques, leurs manèges ou leurs ménageries; seuls les malheureux sal­timbanques ont encore recours aux chevaux étiques et aux ânes têtus et lents. En dehors de ces misérables bohémiens, tout ce qui roule aujourd'hui, roule par le moteur, le petit moteur économique, robuste, souple et rapide.

 

L'aspect des routes s'en est d'ailleurs mo­difié.

 

Les Ponts et Chaussées ont dû adopter des méthodes nouvelles; les virages sont légère­ment relevés de la corde à l'extérieur, et non plus à l'envers comme dans les dix premières années de l'automobile. Si le goudronnage supprimé la poussière — goudronnage soi­gneusement entretenu chaque année par les rapides arrosages que permettent les machines spéciales dont chaque département est pourvu — nous ne trouvons plus de dangereux cani­veaux, des « dos-d'âne » inattendus. Tout cela n'existe plus qu'à l'état de souvenir. C'est l'âge d'or de l'automobile.

 

Les hôtels, et même les auberges des vil­lages, ayant retrouvé une prospérité nouvelle grâce à tous ceux qui empruntent maintenant la route de façon quotidienne, ont tous fait des progrès considérables sous le rapport de la propreté, de l'hygiène et du confort. La campagne de l'Automobile Club de France et du Touring Club a porté ses fruits et se conti­nue d'ailleurs toujours de façon inlassable.

Et enfin, les villages, les agglomérations se sont étendus, élargis, reculés. Les maisons construites depuis moins de quinze ans se sont éloignées de la route, leur situation est ainsi beaucoup plus saine et l'inconvénient d'être quelque peu éloigné de la route n'existe pas pour tous ceux qui doivent y circuler puisque tous ont une automobile appropriée à leurs besoins spéciaux.

 

Et ce sont, enfin, les exploitations agricoles qui, elles aussi, se sont modernisées et ont trouvé dans le moteur un auxiliaire puissant qui a simplifié extraordinairement le travail.

 

Là où il fallait jadis vingt bras pendant des mois entiers, on a maintenant une machine et un conducteur pendant quelques jours.

 

Voici des charrues automobiles à plusieurs socs, traçant des sillons réguliers dans les larges plaines de la Beauce, là où nul obstacle ne peut entraver leur marche. Ici, où le ter­rain est plus vallonné, où les champs ont moins d'étendue régulière, l'instrument est simplifié, mais le principe est le même.

 

Puis, plus loin, des herses, des faucheuses et des lieuses, des chars de moisson, et tout cela mu par le moteur, tout cela devenu ra­pide et maniable.

 

Et c'est à peine si les paysans n'ayant au soleil qu'un lopin de terre auront conservé la carriole antique qui leur sert, cahin-caha, à porter au marché voisin les quelques légumes qu'ils ont à vendre, et encore beaucoup d'entre eux préfèrent se laisser transporter pour quelques sous par les omnibus automo­biles, les trains sur route avec fourgon à ba­gages qui font un service régulier entre les diverses localités, partout où le chemin de fer ne va pas. Il n'est plus en effet de village qui ne soit ainsi en communication rapide avec toute la région voisine.

 

Mais il faut tourner ailleurs encore notre regard, l'automobile a pénétré partout profon­dément ; si à la ville, si à la campagne, le moteur est maintenant employé à tous les usages, l'armée elle-même s'en est fait un collaborateur indispensable. La stratégie mo­derne est profondément modifiée, grâce à lui, la cavalerie a disparu, l'artillerie est devenue extraordinairement mobile,les services d'inten­dance et de ravitaillement sont assurés avec une rapidité et une sûreté que l'on n'aurait jamais pu espérer sans l'entrée en scène de ce petit moteur léger.

La guerre future: On peut imaginer, sans que cela constitue, en présence des progrès de la science et de l'industrie, un cauchemar invraisemblable, quelles armes effrayantes pourront devenir les automobiles de guerre qui sillonneront les champs de bataille futurs comme d'énormes et vertigineux obus intelligents.

L'automobile et la guerre future.


Deux ou trois fois déjà, depuis dix ans, des expériences de mobilisation ont eu lieu. Et les automobiles de nos grands constructeurs, et même des particuliers, réquisitionnées comme jadis pouvaient l'être des chevaux, ont massé en quelques heures à la frontière tout un corps puissant, et par le nombre et par la rapidité de ses évolutions. Je me souviens qu'en 1905, un journal illustré s'était plu à imaginer ce que serait une mobilisation future. Et il me représentait, dans la grande cour de mon usine, entouré d'officiers prêts à partir dans les quelques cents voitures que je mettais à la disposition de l'armée française. Mes chefs de – service, mes meilleurs mécaniciens avaient sur la photographie « truquée » qui représen­tait cette scène, endossé l'uniforme et coiffé le képi.

 

Or, c'est aujourd'hui la réalité. Une mobili­sation générale comporte celle des automo­biles.

 

Quant à l'artillerie, elle compte maintenant en grand nombre les fameuses mitrailleuses blindées, filant à 50 à l'heure sur les routes, à 30 à l'heure dans les terres labourées. Le mécanicien conduit sans être vu, les artilleurs sont dissimulés dans leur tourelle à «éclipse». Et le tout, hommes, mitrailleuse, partie motrice de la machine, le tout est à l'abri des balles et des shrapnells qui viennent s'aplatir sur des blindages spéciaux, absolument invulnérables. De telles mitrailleuses automo­biles peuvent se déplacer avec une vertigineuse rapidité d'un point à l'autre du champ de bataille, secourir l'aile menacée, renforcer ensuite celle qui commence à perdre l'avan­tage et accentuer cet avantage de façon à assurer la victoire définitive.

 

Quant à l'infanterie, l'automobile est désor­mais pour elle d'une aide précieuse. Il y a encore vingt ans, les colonnes étaient encom­brées et retardées par les convois indispen­sables au ravitaillement en vivres et en muni­tions.

 

Maintenant ce sont des fourgons militaires à moteur robuste et régulier qui suivent l'in­fanterie sans la gêner, la précédant même chaque fois qu'il est nécessaire, évoluant dans un rayon d'action beaucoup plus étendu. Les « impedimenta »qui gênaient tant autre­fois l'infanterie n'existent plus.

 

En arrivant à l'étape, le soldat trouve sa soupe chaude, il n'est plus besoin comme autrefois qu'il la fasse lui-même dans la mar­mite qu'il portait sur son sac. En effet, chaque compagnie comme chaque batterie d'artillerie, du reste, a sa cuisine roulante automobile, qui a pu trouver en route le bœuf et les légumes nécessaires pour préparer, tout en roulant, le bon pot-au-feu qui fera oublier sa fatigue au soldat, au combattant. Ne riez pas! Il a été prouvé que cette question, suivant qu'elle était bien résolue ou non, pouvait influer sur le résultat des opérations en temps de guerre. Au lendemain de la guerre russo- japonaise, un écrivain militaire du temps, tout en signalant l'apparition des « marmites roulantes », mais non encore automobiles, rappelait que le 16 août 1870, à Rezonville, nos soldats commençaient à préparer leur soupe lorsque l'on cria « aux armes ! »

 

Ils combattirent le ventre vide, et bientôt les plus vaillants se trouvèrent démoralisés, incapables d'un nouvel effort. Le mot du maréchal Bugeaud est célèbre : « la soupe fait le soldat ! » Eh bien, maintenant, grâce à l'intendance automobile, à la cuisine roulante automobile, le combattant est toujours sûr d'avoir sa soupe chaude.

 

Et enfin, ceux de nos officiers qui sont chargés de diriger et de coordonner tous les mouvements de ces troupes, ont eux aussi, grâce au moteur, une mobilité d'action qui leur permet d'être partout à la fois, de sur­veiller par eux-mêmes les points sensibles, d'aller en un clin d'œil là où leur pré­sence est nécessaire. Ils ont à leur disposi­tion les meilleures voitures réquisitionnées au premier jour de la mobilisation; ils sont conduits par les plus fameux champions des grands concours de tourisme et d'endu­rance, ceux-là même qui autrefois triomphaient dans les défuntes coupes Gordon Bennett.

 

Ainsi tout l'ensemble de l'armée s'est mo­difié, la tactique moderne a des moyens nou­veaux à sa disposition, des moyens puissants dont elle sait user au mieux, grâce à toutes les successives expériences qu'ont permises les grandes manœuvres de chaque année depuis 1910 ou 1915

 

Voilà mon rêve! Voilà le rôle que jouera l'automobile dans quelque vingt-cinq ans- Ce rêve pousse peut-être un peu trop loin les choses, mais je suis certain que la réalité jus­tifiera la plus grande partie de ces imagina­tions quelque peu hardies à l'heure actuelle.

 

Une véritable révolution sociale et économique.

 

Dès aujourd'hui, par suite de la diffusion de la locomotion mécanique dans les classes riches ou aisées, ces classes nous ont déjà fait assister à quelques changements dans leurs habitudes. Nous voyons parfaitement des gentilshommes se salir les mains de cam­bouis à réparer ou à soigner eux-mêmes leur machine. Dans les salons, les jeunes filles, les dames élégantes causent maintenant change­ment de vitesse, différentiel et alésage, de moteur, alors qu'il y a trois ou quatre ans elles prenaient le chemin de fer sans savoir si la locomotive traînait le tender ou si le tender poussait la locomotive. Ces changements sont insignifiants si nous les comparons à la véritable métamorphose que le nouveau véhicule imposera progressivement à toutes les classes de la société. Nous ne sommes qu'à la période de début d'une industrie réformatrice et rénovatrice.

 

Que sera-ce dans vingt-cinq ans, alors que l'automobile sera reine partout, dans les villes, dans les campagnes, dans l'armée, qu'elle assurera les transports publics partout où le chemin de fer ne porte pas son réseau d'accès?

 

Nous serons alors un peuple de mécani­ciens, et le million d'ouvriers qui sera venu à la grande industrie nationale vivra mieux, de façon plus aisée, et de façon plus saine dans d'immenses usines bien aérées.

 

Et enfin, un changement moral et intellec­tuel s'opérera aussi dans notre tempérament et dans notre caractère. Je répétais, au début de cette étude, la prédiction que je fis il y a quelques années à Félix Faure : « Nous avons été jusqu'ici un peuple artistique et littéraire, mais, grâce au développement prodigieux de l'automobile, nous acquerrons un esprit mé­thodique et calculateur... sans pour cela perdre nos belles qualités qui sont l'essence même de l'esprit français; mais cet esprit français se sera très heureusement dépouillé de certaine sentimentalité arriérée qu i a si sou­vent paralysé son essor, et il sera doté du sens pratique qui fait encore défaut aux peuples latins »

 

Marquis de Dion

La guerre future: Les monstres de fer en action. Cuirassés formidables de vitesse et de puissance, les monstres étranges pleins d'hommes et de canons, rouleront comme le tonnerre au milieu des troupes impuissantes et démoralisées

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