Dans ce sixième sur les neufs consacrés aux domaines extraordinaires de la science, Thévenin avec le talent qui le caractérise, parvient à nous donner une vision extraordinaire de l'homme soumis aux effets du progrès. Cet article est à rajouter au dossier que j'avais consacré aux altérations de tailles de l’être humain dans la lecture d'anticipation ancienne et s'il est exact que l'auteur veut nous brosser un tableau le plus rigoureux qui soit, la dimension fantastique qu'il prête au récit nous évoque plus une de ses originales anticipations qu'une réalité scientifique. C'est tout le charme des écrivains ayant une formation dans ces domaines, ils parviennent toujours dans un style souvent original à donner plus de réalité aux incroyables théories qu'ils énoncent. Un autre de ses articles devrait être en ligne d'ici peu.

A partir du septième article le titre changera

Pour rappel:

 

-« Voyons nous le monde tel qu'il est » 1er article d'une série de neuf consacré : la vue. « Sciences et Voyages » N°649, 4 Février 1932.

- « Voyons nous le monde tel qu'il est » second article d'une série de neuf : les radiations. « Sciences et Voyages » N°650, 11 Février 1932.

- « Voyons nous le monde tel qu'il est » troisième article d'une série de neuf : les impressions d'un surhomme. « Sciences et Voyages » N°651, 18 Février 1932.

- « Voyons nous le monde tel qu'il est » quatrième article d'une série de neuf : Un univers où les lois de la physique ne semblent plus respectées. « Sciences et Voyages » N°652, 25 Février 1932.

- « Voyons nous le monde tel qu'il est » cinquième article d'une série de neuf : Vingt Siècles en dix secondes. « Sciences et Voyages » N°654, 10 Mars 1932.

- « Voyons nous le monde tel qu'il est » sixième article d'une série de neuf : Dans le domaine de la terreur. « Sciences et Voyages » N°657, 31 Mars 1932.

- « Si le monde n'était pas ce qu'il est » septième article d'une série de neuf : Modification des lois de l'univers. « Sciences et Voyages » N°658, 7 Avril 1932.

- « Si le monde n'était pas ce qu'il est » huitième article d'une série de neuf : Un voyage paradoxal. « Sciences et Voyages » N°662, 5 Mai 1932.

- « Si le monde n'était pas ce qu'il est » neuvième article d'une série de neuf : Un voyage paradoxal, suite et fin. « Sciences et Voyages » N°663, 12 Mai 1932.

Les illustrations qui accompagnent ce article ne sont pas uniquement d’amu­santes fantaisies.

Sans doute, à aucune époque de l’histoire le la Terre, l’homme ne s’est jamais trouvé en présence d’adversaires semblables à ceux qui sont figurés ici. Mais, d’une part, certains de ces monstres sont d’autant plus « possibles » que leurs pareils ont déjà vécu à la surface lu globe et que rien ne s’oppose donc absolument à ce qu’ils y revivent encore ; quant aux autres, si des raisons organiques les em­pêchent d’atteindre la taille formidable que nous leur avons imaginée, ils n’en sont pas moins pour notre espèce des ennemis redou­tables, qu’un très petit changement de cir­constances, de conditions biologiques sur­venant sur notre planète pourrait rendre si Terribles pour nous qu’ils triompheraient de notre résistance et que toute notre science, notre industrie et les conquêtes de notre intel­ligence ne suffiraient pas à nous protéger contre eux, s’il leur prenait envie de nous anéantir.

Cela demande explication.

Pour donner à celles-ci un caractère moins abstrait et une forme plus expressive, nous allons imaginer, une fois de plus, que nous nous trouvons en présence de l’homme minus­cule que nous avons abandonné au milieu du jardin et nous allons essayer de contrôler, en de nouvelles circonstances, les sensations qu’il éprouve dans cet univers où il s’est égaré, qui est pourtant exactement le nôtre, le sien, mais qui est devenu pour lui inhabitable, simple­ment parce que sa taille a changé. Donc, il va, à travers la pelouse de gazon qui est pour lui une immense forêt. Et, tandis qu’il chemine, il continue à faire ses réflexions.

Nous nous rappelons que, au moment où nous l’avons quitté, il comparait les petites plantes parmi lesquelles il se fraie passage aux grandes végétations herbacées de l'époque secondaire. Et maintenant la conviction d'être revenu à ces lointains âges se fait en son esprit d'autant plus forte qu'il vient d’être arrêté tout à coup par un spectacle effrayant. Devant lui se dresse un monstre. Proportionnée à la sienne, la taille de l'ani­mal est gigantesque, car elle atteint une ving­taine de centimètres. C'est un reptile, lézard ou caméléon, errant à la recherche de sa nourriture. Et notre petit homme s'épouvante à sa vue en s’écriant :Je ne m'étais pas trompé ! Le monde a reculé de millions de siècles.

Et voici un de ces effroyables dinosauriens qui vécurent à l'épo­que jurassique et dont la race semblait anéantie depuis des éternités avant que l’homme ait à son tour fait son apparition... Mais que va devenir notre espèce, si ces êtres formidables ressuscitent à présent ? Puisque notre personnage nous pose la question, nous devons essayer d’y répondre. Elle n'est pas aussi embarrassante qu'elle le paraît à première vue.

En fait, si certaines conditions de climat, entraînant des variations de milieu, n’étaient intervenues, ces étranges animaux géants, les atlantosaures, les diplodocus, etc., dont on retrouve aujourd’hui les squelettes fossilisés longs parfois de plus de 30 mètres, auraient aussi bien pu continuer de vivre, comme ont continué de vivre diverses espèces de poissons ou d’invertébrés plus anciens qu’eux encore, et persister sur terre jusqu’au moment où les mammifères supérieurs et l'homme lui-même y seraient nés. Quelle eût été alors notre situation vis-à-vis de ces monstres ?

Si effrayants qu’ils paraissent, il est probable qu’ils ne nous auraient pas beaucoup gênés dans notre évolution et qu’ils n’auraient pas été, malgré leurs énormes proportions, des ennemis bien redoutables. C’est que nous apportions avec nous, pour nous défendre contre eux, les armes qui leur ont justement toujours fait le plus défaut et dont l’absence ou la faiblesse a causé leur perte.

 

Ces armes, dont usèrent déjà contre eux les premiers mammifères, furent le dévelop­pement de l’activité cérébrale et la faculté de s’adapter rapidement aux modifications du milieu et de l’habitat. Il faut bien se rendre compte, en effet, que ces grands dinosauriens, puissamment équipés pour se protéger contre leurs ennemis vivants, avec leurs épaisses cuirasses, leurs boucliers ou leurs armures de corne ou d’écaille, étaient très pauvrement doués au point de vue offensif et incapables de modifier leurs habitudes dès que le moindre changement dans les circonstances extérieures survenait. Ils auraient été en tout cas infi­niment moins dangereux pour nous que les êtres bien moins terrifiants en apparence qui leur succédèrent et furent nos contemporains,tels que les mammifères carnassiers, ours, lions,loups, etc., beaucoup mieux armés que nous et plus agiles, à qui nous eussions offert une proie facile et probablement rapidement détruite, mal­gré nos bâtons et même nos hâches de pierre, si, dès le début, nous n'avions conquis la maîtrise du monde par la plus grande peut-être l’unique in­vention que nous ayons jamais faite et dont résul­tèrent toutes nos décou­vertes postérieures : l’in­vention du feu. Il est vrai que, pour notre petit homme, cette ressource suprême ne peut lui en venir aide, puisque nous avons appris que l'exiguïté de sa taille le rendait justement inca­pable d’allumer du feu !

Le voilà donc en grand péril !...

Mais ce péril n’est rien encore, comparé à ceux qu’il va rencontrer un peu plus loin. Il est, sur la terre, toute une catégorie d’êtres qui, probablement dérivés à l’origine d’un ancêtre commun aux autres classes d’animaux, se sont prodigieusement développés dans un sens diamétralement opposé à celui que la plupart de ceux-ci ont adopté, et ont atteint, par des moyens et avec des résultats différents, un degré de perfection dont l’espèce humaine seule peut offrir un exemple digne de lui être comparé. Il est probable que si une condition pri­mordiale n’avait modéré l’expansion de ces êtres, ils auraient conquis le monde d’où ils nous auraient fait disparaître, étant beaucoup plus puissants que nous, même avec nos moyens d’action modernes. Une petite « erreur» seule, dans le choix qu’ils firent, au début de leur évolution, pour constituer leur orga­nisme, nous sauva du désastre.Sans elle, nous étions perdus. On sait qu’à un moment de l’histoire de la Terre, l’épanouissement de l’intelligence fut mis en grand péril par la nécessité qu’éprou­vaient les animaux de se défendre contre les influences extérieures.

A cette période, tous se protégeaient du froid, de l’évaporation, etc., au moyen d’une carapace épaisse et immuable qui, supprimant en eux le sens du toucher, les privait de tout contrôle de leurs sensations externes, et arrêtait de la sorte leur développement cérébral. Cette façon d’agir fut, comme l’a dit Bergson, « un obstacle qui faillit arrêter l’essor de la vie animale ». Les êtres qui ne l’ont pas modifiée dans la suite se sont endormis dans une existence végéta­tive dont ils ne se sont jamais éveillés. C’est dans cette torpeur que vivent aujourd’hui encore les échinodermes et même les mol­lusques.

Mais d’autres groupes échappaient à ce danger, par deux voies différentes. Les uns, et ce furent les vertébrés, se dépouillèrent de leur cuirasse rigide pour la remplacer à l’ex­térieur par de souples fourrures et à l’intérieur par une armature mobile, qui continua de soutenir leurs chairs, tout en laissant aux muscles leur libre jeu. Ce procédé leur permit en même temps de grandir leur taille. Après quoi, agiles et alertes, doués d’une sensibilité de plus en plus vive, ils purent enrichir d’im­pressions neuves leur système nerveux et acquérir un système cérébral perfectionné.

Les autres tournèrent la difficulté d’une autre manière. Ils brisèrent, en divers points, cette enveloppe qui les contenait, et la mu­nirent d'articulations qui lui donnèrent la souplesse sans la priver de son efficacité pro­tectrice. Eux. aussi acquirent de la sorte la mobilité et l’agilité nécessaires à leur évolution. Ils développèrent ainsi les magnifiques res­sources de leurs instincts, avec une intensité plus grande encore que nous ne développions notre intelligence. Mais les pièces de cette cuirasse qu’ils articulaient demeuraient, mal­gré tout, inextensibles et, restant forcément légères, ne pouvaient leur permettre de gran­dir au delà de certaines limites très restreintes.

C’est cette circonstance qui nous a sauvés. Le lecteur a reconnu en effet que les êtres dont nous venons de parler sont les insectes et leurs voisins. Si les insectes avaient un squelette intérieur et une taille égale à la nôtre, il y a longtemps que nous n'existerions plus ! Et ce serait tant mieux pour nous, sans doute, car quelle effroyable existence serait la nôtre s’il fallait vivre sur le même plan à côté d’êtres si différents de nous, aussi bien par l’étrangeté de leurs formes que par celle de leurs mœurs. Comme l'écrivit M. Maeterlinck ?l'insecte n’appartient pas à notre monde ». Il « ap­porte quelque chose qui n'a pas l'air d'appartenir ans habitudes, à la mo­rale, à la psychologie de notre globe. On dirait qu'il vient d'une autre planète, plus monstrueuse plus énergique, plus in­sensée, plus atroce, plus infernale que la nôtre..- Il a beau s’emparer de la vie avec une autorité, une fécondité que rien n’égale ici-bas, nous ne pouvons nous faire à l’idée qu’il est une pensée de cette nature dont nous nous flattons d’être les enfant? privilégiés... »

Il est certain, en effet, que nous ne pouvons nous défendre d’une sorte de terreur lorsque nous nous penchons sur les secrets de l’existence de ces êtres et que nous comparons aux nôtres leur énergie,leur activité, leur obstination inexorable leur puissance et les armes effroyables et infaillibles dont la nature les a doués. Ce n’est pas une simple fantaisie de l’ima­gination que de supposer que les Insectes auraient pu être nos égaux sur terre, au seul point de vue des proportions du corps. Si l’on veut bien se rappeler ce que nous disions der­nièrement du rapport existant entre le cerveau de l’homme et sa taille, nous savons qu’un être pesant au plus une quinzaine de kilogrammes aurait pu être doué d’une intelligence égale à la nôtre. C’est le poids qui correspond aux dimensions d’un enfant de quatre ans, soit un mètre de hauteur. Nul n’ignore que les nains, si petits qu’ils soient, peuvent posséder un cerveau parfaitement normal. Et rien ne s’oppose, en théorie, à ce que l’humanité air pu être tout entière composée de nains.

D’autre part, les premiers insectes apparus sur le globe étaient d'une taille géante, com­parés à ceux d’aujourd’hui. Certains d’entre eux avaient l’envergure d’un goéland ou d’un faucon. Rien ne s’opposait donc, en prin­cipe, à ce qu’ils continuassent de se développer dans ces proportions. Ainsi, nous plus petits que nous le sommes, eux plus grands qu'ils ne sont, nous trouvions en face de nous des adversaires beaucoup plus dangereux que les fauves les plus redoutables contre lesquels nos premiers ancêtres eurent à lutter. Car, non seulement ces êtres ont pour eux le nombre, mais aussi un outillage guerrier, un sens du combat, une précocité, une audace qui les placent bien au-dessus des mammifères les plus carnassiers. Et on n’ose penser ce qu’aurait été cette Terre, où nous avons réussi, après des millénaires d'efforts et de perfec­tionnements, à nous faire une vie relativement paisible et confortable, si les Insectes avaient été capables de nous attaquer et de nous don­ner la chasse, comme ils le font pour leur habituel gibier.

 

Prenons, par exemple, un de ces orthop­tères carnivores si communs dans le Midi de la France, la mante, et tâchons d’éprouver par la pensée les impressions qu’éprouverait un adversaire de sa taille, entrant en lutte avec cet effroyable ennemi. Au repos, cependant, l’animal semble inof­fensif. Immobile et tranquille dans l’herbe, il n’est pas menaçant. Mais voici une proie qui passe à sa portée. En réalité, c'est quelque criquet, un papillon, une araignée coureuse... Mais n'oublions pas que, dans notre suppo­sition, c'est de nous-mêmes qu'il s’agit !

A ce moment, tout change. La mante s’est dressée comme secouée par une décharge électrique. Les ailes s’ouvrent et se rejoignent en casque gigantesque sur le dos. L’extrémité inférieure du corps s 'élève et s’abaisse en se contournant, avec un bruit caractéristique. Et, campé sur quatre pattes l’animal étend en avant les deux membres antérieurs, les ouvre, les referme comme les deux mâchoires d’un piège sur sa victime qui poignardée par les griffes, éperonnée par les dents de scie, est aussitôt immobilisée.

Alors, nous qui sommes cette victime, pan­telante dans cette affreuse étreinte, nous sentons les mâchoires du monstre nous happer la nuque. L’un de ses bras dentelés continue de nous maintenir, l’autre nous appuie sur la tête pour dégager le cou. Une horrible plaie met à nu le cerveau, que la mante broie lentement pour détruire la résistance nerveuse. Les soubresauts de la victime s’apaisent. Elle vit encore, mais ne se défend plus. La mante, tranquillement, peut la dévorer tout entière. Le corps du gibier, plus gros que celui de la terrible chasseresse, est totalement englouti. Combien de nous seraient ses victimes ?Car c’est une insatiable mangeuse. Si vorace que, quand on la met en cage avec ses sem­blables, elles se dévorent entre elles. Poussées par la faim ? Non, par goût. Même, quand il y a à portée d’autre nourriture. A tel point que dans cette famille maudite, il est de règle que la femelle dévore son mâle, dès que l'avenir de le l’espèce est assuré ! Pour se défendre contre de tels ennemis, il aurait fallu que l’homme, dès son apparition, naquît tout armé des inventions de la science moderme.

Car l’insecte avait sur elle, en cette matière, une considérable avance. Non seu­lement nos informes armes blanches auraient été impuissantes contre les dards, les couteaux, les scies, les tenailles, les pinces compliquées des arthropodes, mais ceux-ci, en bien des points, ont devancé les progrès de notre indus­trie et pourraient, aujourd’hui encore, inspirer l'art de nos chirurgiens et de nos chimistes, de nos ingénieurs et de nos guerriers, par exemple d’outils et de méthodes dont la la perfection dépasse notre intelligence et dont nous ne savons pas toujours aussi bien qu’eux nous servir. La dernière guerre nous a révélé l’usage des gaz.

Mais les coléoptères du genre brachinus les employaient déjà il y a dix mille sècles. Que valent nos anesthésiques et nos poisons paralysants, à côté de ceux que dis­tillent une foule d’insectes ? Nos médecins sont aujourd'hui très fiers de savoir injecter de la cocaïne dans la moelle épinière de la personne qu’ils veulent opérer sans l’endormir, nais le cerceris use, depuis l’origine, de ce procédé pour rendre inerte la proie qui servira de nourriture à sa progéniture. Avec l’aiguille creuse de son dard, pareille à une parfaite seringue chirurgicale, il atteint le centre nerveux qui commande aux mouvements du corps et le paralyse. La proie s'endort et demeurera vivante jusqu’à ce que la larve l’ait dévorée. On pourrait multiplier à l’infini ces exem­ples, y ajouter les merveilles d’architecture, de géométrie, de mécanique, des constructions conçues par ces ouvriers impeccables, énu­mérer les solutions de tant de problèmes dont les insectes ont su, mieux que nous, tourner les difficultés. Mais ce serait répéter là des faits connus de tous.

Et que serions-nous devenus si, pour nous défendre des attaques de ce peuple impla­cable, il nous avait fallu lui faire la guerre ? Les hordes barbares et désordonnées de nos premiers ancêtres auraient-elles pu jamais résister aux armées des fourmis ? Nous voyons celles-ci, dans la bataille, employer les procédés modernes, creuser, comme les lasius, des tranchées qu’elles défendent à outrance, luttant pied à pied, « bouchant, dit Forel, toutes les avenues avec des grains de terre que ennemie doit enlever pour avancer .

Chez d’autres espèces, les colonnes pro­gressent en ordre serré, bataillant - elles aussi - pour la conquête d’un territoire, donnent l’assaut, pillent, emmènent des esclaves, torturent et assassinent les vaincus avec une cruauté que rien n’atténue jamais. Car, si la solidarité dans l’attaque et dans le labeur est la règle générale, chez ces êtres, la pitié leur est en toute circonstance inconnue. Malheur aux vaincus et aux faibles, mort aux inutiles ! Telle est l’inexorable loi de ce monde où tout est sacrifié au salut de l’espèce, où aucune compensation n’est accordée au profit de l’individu. Et nous aurions pu ainsi, si les circonstances s’y étaient prêtées, être soumis à cette loi d’horreur. Il n’est pas défendu d’imaginer que notre race humaine aurait pu aussi bien évo­luer dans le même sens qu’ont adopté ces êtres surhumains et rien n’empêche même de supposer que les destinées de l’homme pour­raient bien finir un jour par s’engager dans cette voie.

Les grandes colonies d’insectes sociaux nous rapprochent par beaucoup de points du terme idéal qu’atteindrait une société humaine théoriquement parfaite, où chacun n’agirait que pour le bien de l’espèce, sans avoir aucun droit de prétendre à réaliser son bonheur personnel.

Ici, l’ouvrier, attaché à une tâche dont il ne connaît pas le but, travaille toute sa vie, sans profit ni récompense, pour une commu­nauté dont chaque membre accomplit sa besogne, sans pouvoir jamais s’en distraire. A côté de lui veille le soldat, pourvu d’armes monstrueuses, uniquement chargé de veiller à la défense de la cité, incapable de se nourrir lui-même, sacrifié dès que la menace du péril s’étend, froidement supprimé par le refus de nourriture, dès que l’effectif dépasse le nombre légal.Et, au centre de ce royaume de cauchemar, le couple royal,emprisonné à vie,demeure séquestré au fond d'un sépulcre, uniquement occupé à donner naissance à tout un peuple, qui perpétuera jusqu’à un avenir qui toujours recule, le même obscur et incom­préhensible labeur. Mais ceci n’est que supposition.

Nos sociétés humaines, heureusement pour nous, ne sont pas arrivées encore à cette étape, et on peut espérer que, suivant des voies divergentes, elles n’y arriveront jamais. Laissons donc de côté ces spéculations pour en revenir au rôle que jouent vis-à-vis de nous les Insectes. Et, demeurant maintenant dans la stricte réalité, demandons-nous encore ce qui serait résulté pour nous si la moindre modification était intervenue, non plus dans leurs proportions ou dans leur taille, mais seulement dans leur force d’expansion. Prenons comme témoins les termites qui, en dehors des microbes, semblent bien être, dans la nature, nos plus terribles ennemis. Tels qu’ils sont en vérité, et non plus grossis par l'imagination, ils demeurent encore si redoutables que c’est un miracle que nous leur ayons échappé. « Il n’y a pas, dans les contrées tropicales du globe, dit W.-W. Froggatt, un de leurs meilleurs observateurs, un groupe d’insectes dont les individus mènent contre l’œuvre de l’homme une guerre aussi acharnée. »

Rien n’est en effet à l’abri de leurs attaques. Tout disparaît sous leurs assauts, et d’une façon d’autant plus extraordinaire que, aveugles et travaillant toujours à l’abri, rien ne révèle leur présence, jusqu’au moment de l’anéantissement total. Alors, les meubles, les vêtements, les provisions disparaissent, les maisons s'écroulent, les arbres s'évanouis­sent en poussière. La rapidité de cette des­truction est parfois foudroyante : un fermier du Queensland laisse un soir sa charrette dans un pré ; le lendemain il n’en retrouve plus que les ferrures ! Un colon rentre dans sa maison après quelques jours d’absence ; tout y est intact en apparence. Mais il s’assied sur un siège ; le siège s’effondre. Il se retient à la table ; elle disparaît. Il s’appuie au mur ; le mur s’écroule et toute la maison avec.

Ces fantastiques animaux paraissent avoir le sens de l’humour. Le naturaliste Smeath- mann, qui les étudie, s’endort un soir dans leur voisinage. Le lendemain, il s’éveille complètement nu : les termites ont dévoré sur lui tous ses vêtements. Forbes, un autre obser­vateur, de retour chez lui, aux Indes, constate que toutes les gravures ainsi que les cadres qui décoraient son appartement ont disparu. Mais les verres qui les recouvraient sont iro­niquement demeurés fixés aux murs, rattachés par un ciment produit par l’insecte.

Tous les moyens de protection sont inopé­rants. Le plomb, quelle que soit son épaisseur, est percé. Les boites de conserves sont atta­quées par des procédés scientifiques. La couche d’étain qui les recouvre est d’abord râpée. Puis un acide est versé sur le fer qui se rouille et est ensuite troué facilement. On sait que les pattes de l’insecte n’ont pas de prise sur le verre et on place sur des supports de verre les objets à protéger. Mais le termite sécrète un liquide qui dépolit le verre. Et celui-ci, bien­tôt corrodé et râpeux, devient une échelle dont l’ascension est aisée.

 

Tout ce travail s’accomplit en silence et il faut une grande attention et une grande habitude, pour perce­voir, dans le calme de la nuit, le murmure de ces millions de mandibules qui dévorent toute la maison et la ramènent à la poussière du néant. En présence de tels faits, nous nous deman­dons comment l’homme peut résister encore, quand on songe surtout que des villes entières (ce fut le cas de Jamestown, capitale de l'île de Sainte-Hélène, en 1840) peuvent être détruites par ce terrible animal. Il est bien possible que le monde entier aurait été sa proie si la nature, qui seule pou­vait entreprendre cette tâche, ne lui avait opposé une barrière, qu’il n’est pas prouvé qu’il ne saura un jour franchir.

Jusqu’à présent, tout au moins, les termites ont besoin, pour vivre, d’une température qui ne peut s’abaisser au-dessous de 20° cen­tigrades ni monter au delà de 36°. Et encore faut-il que ce te chaleur s’accompagne d’une certaine humidité, ce qui, sous les Tropiques, n’est pas toujours réalisable. C’est cette seule circonstance qui nous a sauvés. Mais la loi n’est pas absolue ni la race si inacclimatable qu’on ne puisse craindre une adaptation à des conditions différentes. En l’année 1780, un navire introduisit par hasard en France, au port de La Rochelle, le 'ermite lucifuge, une des plus petites espèces du groupe. Peu de temps après, plusieurs maisons de la ville s’écroulaient, les archives de la Préfec­ture étaient anéanties, les ravages de la horde s’étendaient aux cités environnantes. On ne sait jusqu’où se serait répandu le fléau si, peu à peu, l’espèce n’avait dégénéré, n’était devenue inoffensive.

Aujourd’hui, ces Insectes, qu’on retrouve dans toute la région, ne sont qu’un peu plus malfaisants que des blattes ou des fourmis. C’est tant mieux pour nous. Mais cela ne nous permet pas d’affirmer que les conditions seront toujours les mêmes. Une espèce plus résistante, plus adaptable, peut un jour s’ins­taller ailleurs, y prospérer, s’y développer.

Ce jour-là, l’humanité aura à faire face à un des plus grands périls qu’elle ait jamais connus. Ainsi, un petit changement dans les lois de l’univers peut provoquer un bouleverse­ment complet de sa destinée, si les circons­tances s’y prêtent. Nous profiterons de cette constatation pour envisager sous un nouveau point de vue la série de problèmes que nous nous sommes successivement posés depuis le début de ces causeries. Jusqu’à présent, nous n’avons considéré que les changements qui se produiraient si l’homme se modifiait plus ou moins, au sein d’une nature qui resterait la même autour de lui. La prochaine fois, nous examinerons ce qui arriverait si, l’homme demeurant ce qu’il est, c’était au contraire la nature qui subissait quelques transformations.

 

René Thévenin

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